Gary Klang

                        Gary Klang

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES

 A Guillaume Apollinaire

Je prends ce vers à celui qui
Sans rime
Et sans façon
Chanta le pont de Seine
Et le nouveau
Pour dire
Ce qu’au tréfonds
Gît par ces temps
De mort
Et de déconfiture

Ces heures de haine
Et d'amertume
Où l’on ne sait à quel saint se vouer
Quel Dieu prier
Puisque tout paraît vide
Et que les êtres
Ont perdu sens
Et l’équilibre

Les petits hommes éteignent les flambeaux
Et font de l’ombre sur la terre

Il est grand temps
Grand temps
Vous dis-je
De rallumer les étoiles

 

 

 

Gary Klang est né en Haïti le 28 décembre 1941 et vit à Montréal depuis 1973. Il est docteur ès lettres de la Sorbonne avec une thèse sur Proust.

Son œuvre est très variée et compte environ une vingtaine d’ouvrages dans tous les genres : poésie, romans, nouvelles, essais…dont une pièce de théâtrejouée à la télévision.

Invité à de nombreux festivals de poésie et à des rencontres littéraires, Gary Klang a parcouru le monde : Chine, Mali, Bénin, Venezuela, Colombie, Mexique, États-Unis, Haïti…

Publications Ex-île (son premier recueil de poésie, chez 3 éditeurs différents, dont Mémoire d’encrier – il a obtenu, en 1988, un premier prix en France sur plus de 400 concurrents), Il est grand temps de rallumer les étoiles (poésie, éditions Mémoire d’encrier, Montréal), Toute terre est prison (poésie, éditions Mémoires d’encrier), Kafka m’a dit (nouvelles, éditions Humanitas, Montréal), Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie (roman, éditions Mémoire d’encrier), L’île aux deux visages (roman, éditions Humanitas), L’Adolescent qui regardait passer la vie (roman, Humanitas) Monologue pour une scène vide (roman, éditions Dialogue Nord-Sud, Montréal), et en 2015 Le Massacre de Jérémie, Opération vengeance (roman, éditions Dialogue Nord-Sud), coécrit avec Anthony Phelps.

© J Harkness 2016

© J Harkness 2016

EX-ÎLE

 Me manquent

Les bruits du soir et les senteurs
Le coq qui chante à la mi-nuit
Les chiens en rut sous la fenêtre

 Me hantent
Le bruit sourd
Du tambour
Au creux du soir

 Et cet homme
Qui fait rire les petits
En portant sur la tête un amas de bouteilles

 Il y avait aussi
Tous ces bruits de tropiques
Les lucioles ou que sais-je
Aux cris ponctuant la nuit
Comme en un concert d'ombres

 Il y avait
Mais faudra-t-il que j'énumère
Tout ce qu'il y avait

C'était 
A n'y pas croire
C'était
L'âme de l'île
Qui vit et bouge
Avec

L'odeur pour moi unique
D'ilang-ilang

Il y avait des soirs et des matins de rêve
Il y avait il y avait il y avait

Mais il n'y a plus
Que le souvenir